15.10.2009
OPA hostile sur le MoDem !
Les intentions de vote pour les Régionales donnent Europe Ecologie loin devant le Modem, ce qui oblige le parti de François Bayrou à choisir entre une alliance élargie à gauche ou un duo avec les écolos. Malakine nous explique comment, à force d'hésiter, le Modem pourrait bien se faire manger.
Rien ne les arrête ! Les Verts, toujours sur leur petit nuage après leur score miraculeux des Européennes, viennent de lancer une OPA sur le parti de François Bayrou dans le cadre de la préparation des régionales.
Non content de refuser la main tendue de François Bayrou pour des alliances de premier tour, ils ont appelé la branche écolo du MoDem à rejoindre la grande famille des sauveurs de la planète, mettant ainsi la pression sur une ligne de fracture qui s'était dessinée au lendemain des européennes.
La jeune et fragile construction du Mouvement Démocrate est cette fois véritablement en danger. Les régionales de mars prochain s'annoncent comme le laboratoire d'une profonde recomposition politique dans la perspective de 2012 et le Modem pourrait bien ne pas y avoir de place.
Pour comprendre ce qui va se jouer aux prochaines régionales, il faut partir des derniers sondages d'intention de vote. Ceux-ci indiquent clairement que les lignes ont bel et bien bougé après le séisme de juin dernier. Certes, ce n'est qu'un sondage. Mais c'est bien sur cette base que des dérouleront les tractations entre les appareils pour la constitution des listes et des majorités. Le dernier sondage CSA fait apparaître les intentions de vote suivantes :
Lutte ouvrière 3%
Nouveau Parti Anticapitaliste 6%
Front de Gauche 6%
Parti Socialiste 21%
Europe Ecologie 17%
Modem 8%
UMP 31%
FN 8%
Cette configuration laisse entrevoir plusieurs coalitions possibles face l'UMP, du schéma droite-gauche classique, à l'alliance « arc-en-ciel » incluant le Modem, mais aussi pourquoi pas une nouvelle alliance inédite entre Modem et écolos qui pourrait disputer le leadership au PS et permettre de gagner des présidences de région pour l'un ou l'autre des partenaires.
L'avenir du parti de François Bayrou se jouera dans cette reconfiguration. Car contrairement aux municipales, où le Modem a pu s'en sortir avec des alliances à la carte, les régionales où nul ne se présentera avec le moindre semblant de programme, l'obligeront à choisir son camp.
Un Modem qui penche, mais de quel côté?
Une union des gauches, dans laquelle il ne serait pas admis, condamnerait le Modem à disparaître dans la chimère d'un centre indépendant. Il sera très difficile de motiver des troupes qui seront assurées de ne pouvoir intégrer aucune majorité et peut-être même de ne pas pouvoir être élues, faute de pouvoir se maintenir au second tour. Il est probable que le Modem ne résistera pas à une nouvelle humiliation électorale.
(Source : marianne2.fr par Malakine - blog de Malakine)
Le schéma de la coalition « arc en ciel » constitue pour le MoDem la configuration optimale. Elle lui permettrait d'être officiellement accepté dans la grande famille de la gauche. Bayrou pourra alors espérer un report de voix de gauche sur son nom à la présidentielle en sa qualité d'opposant numéro un à Sarkozy et seul présidentiable estampillé à même de le battre.
L'émergence d'une telle coalition ferait de Bayrou, de fait, le candidat de la nouvelle gauche unie pour 2012. Il ne lui resterait plus qu'à rallier une composante néo-gaulliste entre les deux tours dans le cadre d'un front républicain (Villepin, Dupont-Aignan) pour être largement élu.
Plusieurs obstacles s'opposent toutefois à la réalisation de cette hypothèse. Déjà, la ficelle est un peu grosse. Il est douteux que les socialistes fassent rentrer aussi facilement le loup dans la bergerie sans voir le piège, d'autant plus que rien ne les y oblige. Une alliance, classique et confortable, de type majorité plurielle (FG, écolo, PS) placerait leur potentiel 13 points devant celui de l'UMP, ce qui est semble amplement suffisant.
On comprend donc la tentation pour le MoDem d'explorer un autre schéma, sous la forme d'une alliance de premier tour avec les écolos. Cette perspective renverserait le rapport de force au sein de la nouvelle coalition, plaçant le potentiel Modem-Verts devant celui du PS.
Cette alliance porterait immanquablement en germe l'explosion du PS et sa fin précipitée. L'unité du PS ne tient plus que par sa capacité à conquérir et à conserver des postes dans les collectivités locales. Que l'entreprise électorale PS perde cet « avantage comparatif » et ce serait aussitôt l'hémorragie des élus et des cadres, surtout si Solférino se décidait à les soumettre à une stricte non limitation des mandats !
Un flou stratégique dont profite Europe Ecologie
Il est donc assez logique de voir Bayrou tendre la main aux verts pour des unions de premier tour. Cette alliance serait acceptable pour son électorat compte tenu du recentrage de l'image d'Europe Ecologie et se recommanderait d'ailleurs d'une certaine logique compte tenu de l'existence d'une forte sensibilité écolo au sein du Modem.
Malheureusement pour le MoDem, les écolos sont devenus des vrais tueurs. Quand Bayrou tend la main pour négocier, les verts lui répondent en sortant les flingues pour le coincer au fond d'une impasse et lui faire les poches ! Aucune forme d'alliance, ont-ils répondu sèchement par la voix de Jean-Vincent Placé.
Le Modem n'est qu'une écurie présidentielle au service de l'ambition d'un homme. Il n'existe pas en tant que parti politique ou force militante ! En revanche, ce qui les intéresse au Modem, ils proposent de l'acheter. Que les écolos égarés les rejoignent et le meilleur accueil leur sera fait, que ce soit par ralliement individuels, discrètement et localement, ou dans le cadre d'une scission du Modem qui verrait Cap 21 les rejoindre. Redoutable !
On imagine le trouble que cette proposition suscitera chez tout cadre ou tout militant qui aspire à des responsabilités locales et qui éprouve quelques sympathies pour la cause écologique. Soit demeurer au sein d'un Modem qui resterait dépourvu d'alliance, et faire une croix sur les régionales, comme sur les cantonales de 2011 ou les municipales de 2014. Soit rallier Europe Ecologie et conserver tous ses rêves de mandats électifs.
Si les trois têtes d'affiche de la mouvance écolo du Modem (Corinne Lepage, Yann Werling, et Jean Luc Benhamias) décidaient de franchir le pas, comme Corinne Lepage en avait d'ailleurs laissé planer la menace au lendemain de l'échec des européennes, il est probable qu'une grande partie des forces militantes du Modem suivraient le mouvement, ne laissant plus subsister du Modem que l'ancienne UDF, incarnée par des figures aussi entraînantes que Jean Peyrelevade, Didier Bariani, Nathalie Griesbeck et ... et... qui d'autre, au fait ? Après tout la trahison est une constante dans l'entourage de Bayrou.
De leur cotés, si les écolos se renforçaient en intégrant une partie du Modem, ils pourraient se hisser à la hauteur du PS et même envisager la perspective de la présidentielle avec d'autres ambition. Pourquoi pas une candidature de Corinne Lepage ?
S'il veut maintenir l'unité de sa jeune formation et être en mesure de proposer à ses cadres des perspectives de postes, Bayrou se doit de riposter sans tarder. Mais, affaibli par son échec des européennes, il n'aura guère d'atouts en main pour résister à la force d'attraction des nouveaux écolos.
Il doit lancer sa formation dans la campagne régionale sur des thèmes qui lui permettront d'exister dans le paysage médiatique. Mais avec qui? Va-t-il reproduire l'erreur de Juin dernier en faisant conduire la campagne par des personnalités qui ne sont pas candidates ? Mais quels candidats auront la surface médiatique suffisante pour conduire la campagne ?
Et sur quels thèmes ? La rigueur budgétaire ? Il y a mieux pour préparer une alliance à gauche et prétendre entrer dans des majorités dépensophiles socialistes.
A moins qu'il fasse un nouveau virage à 180 degré en renonçant définitivement à l'alliance à gauche pour creuser son sillon en solitaire dans la perspective de la présidentielle. Bayrou pourrait décider de revenir à sa vraie nature, en cherchant à incarner une « deuxième droite », propre et digne, libérale et sociale, conservatrice et rigoureuse, ancrée dans la tradition française, débarrassée des excès du sarkozysme et de sa fascination pour le modèle anglo-saxon ? Jusqu'ici cette stratégie n'a guère fonctionné, mais avec le trouble grandissant qui gagne la majorité, elle reste praticable. Cependant, Bayrou aura un concurrent très sérieux sur ce registre en la personne de Dominique de Villepin.
(Source : marianne2.fr par Malakine - blog de Malakine)
23:59 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, modem, europe ecologie |
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