19.11.2009
Procès AZF: les familles «écœurées» par la relaxe
Les sinistrés et familles de victimes de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse sont sortis assommés de la salle d'audience après la relaxe générale prononcée ce jeudi par le tribunal correctionnel, alors que Total saluait la décision.
«C'est honteux», lançait une sinistrée, alors que les policiers venaient de faire taire les applaudissements venus des rangs d'anciens salariés d'AZF, qui ont pris fait et cause pour les prévenus, l'ex-directeur de l'usine Serge Biechlin, et Grande Paroisse, la filiale chimie de Total.
«Le tribunal a laissé la porte ouverte à la délinquance industrielle», a dénoncé froidement Gérard Ratier, président de l'Association des familles endeuillées, dont le fils a été tué par la déflagration. «La commission d'enquête interne, en agissant avant l'enquête judiciaire, a fait disparaître les pièces à conviction, lesquelles ont manqué à ce tribunal pour se positionner.»
Le principal prévenu, Serge Biechlin, s'est éclipsé rapidement après le jugement, sans faire de commentaires. Son avocat, Daniel Soulez Larivière, a souligné qu'«en droit, il faut qu'il y ait un lien entre une faute alléguée et le sinistre. Le tribunal a allégué plein de fautes, et ce n'est pas pour autant une infraction car il faut démontrer que cette faute à une relation certaine avec ce qui s'est passé». «Je dis la vérité depuis des années, a-t-il insisté, et la vérité, c'est qu'on ne sait pas ce qui s'est passé» le 21 septembre 2001.
Sur la même ligne, Jacques Mignard, président de l'association AZF Mémoire et Solidarité, s'est dit «satisfait qu'on n'ait pas tout bloqué avec des condamnations. Cela ne met pas un point final à l'histoire. On ne peut pas prendre des sanctions sur une piste comme la thèse officielle. Le problème c'est qu'on n'a toujours pas expliqué ce qui s'est passé».
«Je suis écœuré, on peut continuer à tuer. Quand on voit des verdicts comme ça, on a de quoi se faire du souci. C'est ça la justice, c'est ça la démocratie?», pestait Jean-Louis, un sinistré d'une cinquantaine d'années sur le parvis du tribunal. «Le jugement était extrêmement documenté et motivé. Simplement, le tribunal a accepté de considérer qu'il y avait une insuffisance de preuves concernant les produits qu'il y avait dans la benne alors même que Grande Paroisse a laissé la benne s'égarer (...)», a déclaré Stella Bisseuil, avocate de l'Association des familles endeuillées. «C'est l'industriel qui a organisé l'incertitude de la preuve et qui en est aujourd'hui récompensé.»
Le député-maire de Toulouse, Pierre Cohen, trouve aussi «profondément regrettable d'en arriver là au bout de huit ans».
Côté politiques, Aurélie Filippetti, secrétaire national PS à l'énergie juge «insupportable que Total ne soit pas jugé malgré la demande des parties civiles» et demande «combien il faudra encore de morts et de drames pour que Total assume enfin son manque de politique de sécurité sur ses sites».
«Les leçons de la tragédie d'AZF en matière d'urbanisme, de droit de l'environnement et de prévention des risques n'ont pas été tirées. Doit-on attendre d'autres AZF pour agir?», demande de même Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts.
(Source : LibéToulouse.fr - AFP)
23:36 Publié dans Thème : JUSTICE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : azf, justice, procès, vérité






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