24.11.2009

SANTE - Grippe A : faut-il vacciner les enfants ?

Demain, 5,3 millions de collégiens et lycéens commenceront à être traités contre la grippe H1N1. Les parents restent partagés.

C'est demain que démarre dans les collèges et lycées la vaccination contre la grippe H1N1. Plus de cinq millions d'élèves sont concernés par cette campagne de masse à laquelle il sera procédé par étape et qui nécessite l'accord préalable des parents. Alors, faut-il accepter cette vaccination lancée le 12 novembre ? Tant du côté des professionnels de santé que de la population, la méfiance demeure, même si les centres de vaccination longtemps boudés connaissent aujourd'hui une certaine affluence ? Les craintes dans ce vaccin et ses conséquences sont bien là, formulées avec plus ou moins de discernement. Et elles se justifient d'autant plus que cette nouvelle pathologie ne revêt pas de forme plus sévère qu'une grippe saisonnière. Sauf que sa diffusion rapide, sa forte contagiosité pourrait bien être à l'origine d'une mortalité supérieure. Qui écouter, qui croire dans un débat où l'emporte souvent la confusion. Les questions posées par les Français ne reçoivent que des réponses partielles. Connaît-on tous les effets secondaires du vaccin caractérisés déjà parfois par de fortes fièvres ? Que dire des adjuvants qui font peur, même s'ils décuplent l'effet du vaccin ? Pourquoi sort-on du schéma classique des vaccinations habituelles ? Pourquoi deux sortes de vaccin et pourquoi l'immunité juridique des labos ? On pourrait multiplier à l'infini ces interrogations comme autant de freins à une vaccination sans appréhension. Dans leur cabinet, les médecins ne se sont jamais autant livrés à des séances d'explication. Alors qu'à l'extérieur, les séances de vaccination dans les gymnases frôlent la désorganisation.

Autre sujet d'inquiétude maintenant, le risque de mutation du H1N1. Contre un virus mutant, ne manquent pas de rappeler les opposants, un vaccin ne peut pas grand-chose. C'est un autre débat dans le débat.

Mutation du virus : le cas de la Norvège

C'est en Norvège que la dernière mutation du virus de la grippe A est apparue. « La mutation pourrait affecter la capacité du virus à pénétrer plus profondément dans les poumons, provoquant, de ce fait, des maladies plus graves », expliquent les experts. Mais il n'y a aucune raison de croire qu'elle ait une implication sur les effets des vaccins contre la grippe ou des médicaments antiviraux, estime l'Institut norvégien de santé publique. Les spécialistes sont prudents sur l'interprétation à donner à la mutation du virus détectée dans trois cas en Scandinavie, et se disent confiants dans l'efficacité des vaccins.

Pour le virologue Bruno Lina, directeur du Centre national de référence des virus de la grippe pour le sud de la France, cette mutation n'est pas « une surprise ». « C'était attendu, et ça recommencera ». Le directeur général de la Santé, Didier Houssin, a lui aussi estimé que les vaccins restaient efficaces.

Par ailleurs, l'Europe a donné son feu vert pour le recours à une dose unique dans la plupart des cas, pour deux des vaccins contre H1N1, le Focetria (Novartis) et le Pandemrix (GlaxoSmithKline).

Pour ou contre

POUR

Docteur Hervé Oscar, généraliste à Toulouse.

« N'oublions pas que le virus de la grippe A est récent. On ne connaît pas ses réactions. De plus, il se révèle très contagieux et se diffuse à la vitesse « V ». L'actualité montre également qu'il peut être mutant. Je suis pour la généralisation de la vaccination à titre collectif car on ne peut laisser ce virus se propager sans limite. C'est vrai que les patients que nous recevons dans nos cabinets arrivent avec beaucoup d'interrogations, notamment sur la fiabilité des vaccins. Nous essayons de les remotiver. Il faut avoir confiance dans ces vaccins. Il y a tout de même des fichiers de contrôle comme pour toutes les vaccinations auxquelles nous faisons confiance les yeux fermés depuis des années, qu'elles proviennent des labos pharmaceutiques ou de l'institut Pasteur. Il y a une responsabilité assumée avec une traçabilité excellente. Par contre, dans le système mis en place actuellement pour les vaccinations, on se heurte à des incroyables lourdeurs administratives. »

CONTRE

Docteur Didier Piquemal, médecin généraliste à Saint-Girons (Ariège).

Ces derniers jours, Didier Piquemal, praticien dans le Couserans, a vu passer dans ses visites cinq ou six cas de suspicion de grippe A. Depuis le début, il n'a jamais été très enthousiaste sur la vaccination : « S'ils n'ont aucune pathologie, aucun antécédent, je conseille à mes patients de ne pas se faire vacciner. C'est bien sûr différent s'ils sont atteints par une pathologie sérieuse, par exemple une cardiopathie. En fait, cette grippe A est une affaire réglée en trois jours. Visiblement, elle se révèle moins grave et moins longue qu'une grippe saisonnière. On est maintenant en pleine épidémie et on peut se demander s'il n'est pas trop tard. N'oublions pas qu'il faut trois semaines pour que le vaccin soit efficace, avec, semble-t-il, un début de protection au bout de quinze jours. Mais attention, je n'englobe pas dans cette réflexion les personnes fragiles auxquelles le vaccin doit être administré. »

(Source et suite de l'article : La Dépêche.fr)

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