09.03.2010
Paysans : la coupe déborde
La nouvelle loi sur l'eau qui va restreindre l'irrigation provoque la colère des agriculteurs qui convergent aujourd'hui (ndlr : 8/03/10) sur Toulouse.
Alors que le Salon de l'agriculture vient tout juste de fermer ses portes dans un contexte de crise sociale et économique extrême pour les paysans, une fronde gronde dans les campagnes. La loi sur l'eau (lire ci-dessous), qui va imposer d'importantes restrictions en matière d'irrigation, fait monter le monde agricole au créneau. Une grogne qui prendra la forme, dès ce matin, d'une manifestation interrégionale d'envergure à Toulouse. La Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA) et les Jeunes Agriculteurs appellent en effet à manifester ce matin dans la Ville rose pour protester contre cette réforme.
Selon les organisateurs, pas moins de 2000 agriculteurs venus d'une quinzaine de départements devraient saturer le trafic autour et dans Toulouse. Les tracteurs viendront de tout Midi-Pyrénées, mais aussi de l'Aude, du Lot-et-Garonne, de Dordogne et même de Poitou Charentes. Deux rassemblements sont prévus à 9 h 30 ce matin. L'un au MIN, marché d'intérêt national situé au nord de Toulouse. L'autre à la coopérative Sica Rouquet de Pinsaguel. Les deux cortèges doivent ensuite démarrer vers 11 h 30 et ont prévu de converger vers la préfecture de région à 13 h 30. Là, une délégation doit être reçue par le préfet de région. Les agriculteurs annoncent des « actions démonstratives ». Un tuyau d'irrigation pourrait ainsi être mis en place pour « arroser » la place Saint-Étienne.
Du côté des pouvoirs publics, plusieurs mesures ont été prises pour assurer la bonne marche du convoi. Quelque 200 policiers vont être mobilisés à la fois pour gérer la circulation sur le périphérique et pour encadrer les manifestants.
À l'origine de cette grogne, il y a le projet d'une nouvelle procédure d'autorisation de prélèvements d'eau. Selon les agriculteurs, celui-ci conduirait en effet à une perte moyenne d'un tiers des prélèvements en Midi-Pyrénées, et jusqu'à 70 % dans certains cas. Inacceptable pour les 1 200 irrigants concernés par ce projet des pouvoirs publics.
La FRSEA évoque des répercussions directes sur l'emploi : « Selon les estimations réalisées, sur les 240 000 emplois que fournit l'agriculture sur les 18 départements du bassin Adour-Garonne, de telles restrictions d'irrigation menaceraient directement de 5600 à 8400 emplois. »
La manifestation des agriculteurs vient s'ajouter à une première « visite » en octobre dernier. Le retour à la normale est attendu en milieu d'après-midi.
(Martin Venzal)
Trois questions au Président de la FDSEA de la Haute-Garonne
Yvon Parayre : « Cette loi menace plus de 5 000 emplois »
Ils sont maraîchers, horticulteurs, arboriculteurs, cultivateurs de maïs ou de soja et on les appelle les irrigants. En Haute-Garonne, ils sont 1 200 à dépendre des quotas d'eau, autrement dit de la quantité maximale autorisée pour irriguer leurs champs ou leurs jardins. Ce matin, dans les rues de Toulouse, ils distribueront aussi des fruits et des légumes de deux sortes, certains rabougris par manque d'eau, d'autres bien arrosés et plus appétissants. Questions à Yvon Parayre, président de la FDSEA de la Haute-Garonne.
Vous voilà dans la rue alors que le Salon de l'agriculture vient de fermer ses portes. Quel est le but de cette démonstration de force ?
La gestion de l'eau. C'est un bien que l'on doit partager entre l'État, les collectivités territoriales, l'agence de l'eau, l'agriculture, les industriels et aussi les particuliers. Or, la nouvelle loi sur l'eau menace surtout les agriculteurs en leur imposant des économies drastiques. Dans quelques mois nous devrons économiser 30 % à 50 % sur les volumes dont nous avons pourtant besoin et c'est dramatique.
Quelles seront les conséquences pour les irrigants ?
Une étude en cours sur le bassin Adour-Garonne prévoit la disparition à terme de plus de 5 000 emplois, voire davantage, dans l'agroalimentaire. Quand on sait que l'agroalimentaire représente 100 000 emplois en Midi-Pyrénées et que c'est le premier employeur devant l'aéronautique et le tourisme, c'est aberrant. Mais que peut-il se passer d'autre, si on nous ferme le robinet. Un jardin sans eau ne produit plus rien. Les particuliers qui se tournent de plus en plus vers le jardin pour faire pousser leurs légumes le découvrent rapidement.
Vous avancez des solutions. Expliquez- nous...
Nous sommes très en retard en matière de stockage et de récupération d'eau. Cet hiver il a beaucoup neigé et beaucoup plu, et pourtant on retient à peine 1 % des eaux de pluie des Pyrénées. Il faut revenir à l'idée de construction de retenues comme le projet de Charlas dans le Comminges qui prévoyait 100 000 m3 d'eau. Les Espagnols ont de l'avance sur nous, en ce domaine. Nous souhaitons par ailleurs rester maître de la gestion de l'eau, et nous réclamons aujourd'hui une gestion collective par grands bassins de Bordeaux aux Pyrénées. Les agriculteurs ont un avis à donner. Ils ne veulent pas subir la réforme.
(Propos recueillis par Andrée Brassens)
Source : La Dépêche.fr
11:05 Publié dans Thème : AGRICULTURE - VITICULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, manifestation















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