18.05.2010

Santé - Bitume : vers un nouvel amiante ?

Le 10 mai 2010, le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) de Bourg-en-Bresse a pour la première fois établi le lien entre l'inhalation des fumées de bitume et le cancer de la peau. Il a déclaré Eurovia, une filiale de Vinci, coupable de « faute inexcusable » pour la maladie contractée par l'un de ses ouvriers.

Le bitume va-t-il entraîner un scandale de santé publique aussi important que l'amiante ? Le 10 mai dernier, pour la première fois, un tribunal, celui des affaires de sécurité sociale (TASS) de Bourg-en-Bresse, a reconnu le lien entre l'inhalation de fumées de bitume et le cancer de la peau d'un ouvrier. Si le tribunal a été prudent sur la cause même du cancer, en précisant qu'il avait « pu trouver que la conjonction de projections, voire d'inhalations, du bitume avec les UV favorisait, soit le risque né des UV, soit le risque né du bitume », il a tout de même condamné son employeur, Eurovia, un constructeur de routes filiale de Vinci, pour « faute inexcusable ».

Des protections insuffisantes

« Le tribunal a estimé que, d'une part l'entreprise ne pouvait pas ne pas savoir qu'elle mettait entre les mains de ses salariés un produit toxique et d'autre part que, le sachant, elle n'avait pas pris les mesures de sécurité nécessaires à la protection de ses employés », explique Maître Jean-Jacques Rinck, l'avocat des proches de Francisco Serrano-Andrade. Embauché comme épandeur de bitume par Eurovia en 1986, ce dernier a contracté un cancer de la peau décelé en 2006 avant d'en mourir deux ans plus tard. Comme beaucoup de ses collègues, il répandait le bitume -ce résidu du pétrole déjà toxique auquel ont ajoute des additifs dont certains sont cancérigènes (hydrocarbures aromatiques polycyliques), le tout chauffé à plus de 160°- sans aucune protection, torse nu et en short. « Cela n'est pas propre à Eurovia, reconnaît Jean-Jacques Rinck, car il n'existe que des recommandations de protection contre le bitume, pas d'obligation. »

«  La santé et la sécurité de nos travailleurs sont depuis toujours au cœur des préoccupations des professionnels de la route », souligne cependant le syndicat de l'industrie routière française (USIRF) dans un communiqué. Mais au titre des mesures de sécurité il faut comprendre : un masque (obligatoire seulement pour les endroits confinés), des gants et chaussures de sécurités fournis par l'entreprise et la recommandation de manches longues, car le premier risque du bitume reste celui de la brûlure. Cependant, pour le syndicat comme pour Eurovia, qui a très vite annoncé sa décision de faire appel, il n'existe pas de lien entre bitume et cancer. Ils s'appuient en cela sur une étude du centre international de recherche sur le cancer, publiée en 2009 qui concluait « que l'exposition aux fumées de bitume (par inhalation ou par voie cutanée) ne provoque pas de cancer ».

Des centaines de milliers de personnes exposées

Dans certains pays, comme aux Etats-Unis, le bitume est interdit depuis 1976 et remplacé par du ciment, tandis qu'en Allemagne, des routes sont réalisées en agrégat de pierre et de déchets. En France, selon la dernière brochure de l'Institut national de la prévention de recherche et de sécurité (INRS), datant de 2003, « quelque 3 millions de tonnes de bitume chaud sont répandues chaque année sur les routes de France par les ouvriers affectés aux travaux de revêtement de la chaussée ou de construction ». Ce qui explique, que potentiellement « 420 000 à 500 000 personnes sont concernées par le problème », estime Jean-Jacques Rinck. Pourtant le cas Eurovia est la première affaire d'exposition au bitume portée devant la justice. « Le problème est connu depuis 20 ans mais rien n'a été fait. Et puis les victimes sont ce que l'on appelle les ouvriers de l'anonymat - issus des minorités, en contrats à durée déterminée ou saisonniers. Ils sont souvent culturellement, socialement et financièrement isolés. Depuis le jugement en revanche, j'ai reçu de multiples demandes de contact sur le sujet », souligne l'avocat.

Le cas du bitume peut être rapproché de celui de l'amiante (voir encadré) et l'avocat estime qu'au nom du principe de précaution les pouvoirs publics devraient, avec l'aide des scientifiques se saisir au plus vite du sujet. « Le risque financier, par le biais de l'indemnisation des victimes, est colossal » estime-t-il. Dans ce cas, les plaignants avaient ainsi demandé 200 000 €. Dans le droit commun en revanche, pour l'instant, les cancers des ouvriers du bitume sont bien reconnus comme maladie professionnelle mais hors nomenclature : « celui de Francisco Andrade-Serrano a ainsi été reconnu comme lié aux rayons UV du soleil par l'assurance maladie », précise l'avocat.

Aujourd'hui, le jugement du tribunal ne peut faire à lui seul jurisprudence, mais Jean-Jacques Rinck veut croire qu'il s'agit d'un début. Par ailleurs, la CGT a d'ores et déjà saisi l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) qui va réaliser une évaluation générale des risques pour la santé des travailleurs liés à l'usage des bitumes.

(Source : Novethic.fr - par Béatrice Héraud)

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26.04.2010

Hypersensibilité : Un plan d'action pour faire reconnaître la maladie

Mercredi s'est tenu un colloque sur les pathologies de l'hypersensibilité à la Mutualité française de Paris. Organisé par le RES (Réseau environnementale santé), cette réunion avait pour objectif d'établir un plan d'action pour faire reconnaître ces troubles mais également pour améliorer la prise en charge des malades.

Les pathologies de l'hypersensibilité (hypersensibilité chimique multiple [MCS], électro-sensibilité, syndrome de fatigue chronique [CFS],fibromyalgie...) sont des maladies environnementales liées aux substances chimiques et aux champs électromagnétiques. Elles sont actuellement encore largement ignorées par certains professionnels de santé et certaines institutions. La plupart du temps elles sont considérées comme relevant de problèmes individuels purement psychologiques.  Pourtant dans plusieurs pays, le nombre de personnes atteintes par ces pathologies est de plus en plus important. En France, plusieurs centaines de milliers de personnes seraient concernées par ce trouble parfois si handicapant qu'il amènerait certains malades à perdre leur emploi, sans qu'il soit pour autant diagnostiqué. L'hypersensibilité concerne 12 à 25% de la population des pays industrialisés.

D'après le Réseau, les MCS (hypersensibilité chimique multiple) par exemple toucheraient  de façon plus ou moins sévère 12 à 25% de la population des pays industrialisés dont 3,5% de façon très sévère au point d'entraîner un isolement complet. A partir du point de vue des scientifiques, des malades et des médecins, le colloque visait à mettre au point un plan d'action dont le but serait d'informer les professionnels de santé mais également de développer la recherche afin d'améliorer la prise en charge des malades. Les associations souhaitent que les pouvoirs publics prennent en compte au plus vite les souffrances des patients. L'Agence de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) a déjà recommandé, fin 2009, la poursuite des recherches dans le domaine.

(Source : fr.news.yahoo.com)

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