15.03.2010
Les méthodes de management de plus en plus critiquées
Les cadres ont de moins en moins confiance dans les pratiques managériales qu'ils sont eux même chargés de mettre en place. C'est le constat que dresse la CGT cadres (Ugict) dans son baromètre annuel « réalité cadres » et dont l'exemple le plus tragique reste France Telecom. Face à ces dérives, l'Ugict défend un « management alternatif » qui commence à trouver un certain écho chez quelques patrons et futurs managers.
Face à la crise et la mise en lumière des problèmes humains liés au travail, les pratiques managériales auraient-elles changé, voire se seraient-elles améliorées? Malheureusement non, déplore l'Ugict-Cgt (union générale des ingénieurs, cadres et techniciens) à l'aune de la dernière vague de son baromètre « Réalité cadres », réalisé par l'institut CSA. Pour 40% des cadres interrogés, elles se seraient même détériorées. Ainsi, si près du 2/3 des cadres jugent que les méthodes de management pratiquées dans leur entreprise ou administration sont « bonnes » pour l'organisation ou ses clients, ils sont seulement 48% à garder un tel jugement pour les salariés, soit 7 points de moins qu'en 2008, date de la précédente vague. En cause notamment, des prises de décisions du management sans que l'information nécessaire n'ait été apportée, des sollicitations permanentes empiétant sur la vie privée ou des critères d'évaluation jugés arbitraires et, surtout, des objectifs jugés trop élevés voire irréalisables (+5 points par rapport à 2008). A ce rythme, 84% des cadres avouent éprouver du stress, et ce de manière fréquente pour la moitié d'entre eux.
Déconnexion et démotivation
Parallèlement à cela, on sent une grande démotivation due en partie à une rémunération insuffisante ou au manque de reconnaissance, mais surtout à l'incompréhension des pratiques mises en place : 52% des cadres interrogés jugent que le système d'évaluation existant dans leur entreprise n'est pas pertinent (+9 points) et beaucoup s'inquiètent des choix stratégiques opérés par leurs dirigeants (30%, soit 7 points de plus qu'en 2008) alors même qu'ils estiment que des alternatives existent. Ce scepticisme est particulièrement important dans le secteur public où 53 % redoutent une mauvaise orientation, ce qui peut notamment s'expliquer par le lot de réformes en cours...A noter aussi que plus de la moitié des cadres affirment que leur éthique personnelle entre régulièrement en contradiction avec les choix et pratiques réelles de leur entreprise.
« Tous les clignotants sont au rouge quant aux capacités de mobilisation des cadres par les directions d'entreprise. On sent même une contestation à la hausse de la gouvernance globale dans les entreprises, et ce d'autant plus chez les jeunes et les femmes, qui rappelons-le sont de plus en plus nombreux et représentent l'avenir des cadres », commente Marie-Josée Kotlicki, secrétaire générale de l'Ugict-CGT.
L'exemple France Télécom
Si le constat de ce baromètre ne paraît pas vraiment surprenant, il pourrait néanmoins faire réfléchir les directions d'entreprises. Car il trouve son illustration très concrète, et exacerbée, dans l'alarmant cas de France Télécom où les suicides n'ont toujours pas cessé. Le rapport d'étape récemment publié -« à marche forcée »- par le cabinet Technologia en fait foi. On y trouve les pires erreurs de management, dont les notions de base semblent même parfois avoir été oubliées : management à la fois pressurisant et absent, opacité des systèmes de promotion, non pertinence des indicateurs pourtant pléthoriques, absence de visibilité sur le devenir professionnel, perte de sens du travail, incohérence entre les valeurs affichées et les pratiques du groupe, non respect des obligations légales de la part des Ressources Humaines...
Le rapport est particulièrement sévère pour ces dernières, pourtant clés en matière de management. Mais le malaise pourrait bien être généralisé à l'ensemble du territoire car selon Marie-José Kotlicki, « ces derniers mois, nous observons une forte montée des adhésions des cadres des ressources humaines. Ils ont deux préoccupations majeures : d'une part l'externalisation croissante des RH et d'autre part le fait d'avoir à gérer la crise de façon incohérente et contradictoire puisqu'on leur demande à la fois de réduire les coût salariaux en favorisant le départ de salariés qualifiés -dont de hauts potentiels qui partent avec les plans de départs- et de préparer la sortie de crise ! Ils se tournent donc vers les syndicats pour trouver des points d'appuis et des alternatives. »
Pour un management « alternatif »
Et c'est bien ainsi que veut se faire entendre l'Ugict. La section cadre de la CGT vient de publier un livre de constat et de propositions pour un management « alternatif »* - et donc plus humain - ainsi qu'une « Charte pour l'encadrement » qui est actuellement débattue dans les entreprises. « Les gens sont surpris de voir les mots « CGT » et « management » côte à côte, et c'est vrai que c'est nouveau, qu'il a aussi fallu imposer ces idées au sein de la CGT », reconnaissent les secrétaires généraux de l'Ugict, Marie-José Kotlicki et Jean-François Bolzinger. Mais leur constat semble juste et leurs propositions commencent à susciter l'intérêt de certains acteurs économiques.
« De nombreux professeurs d'écoles de commerce nous sollicitent. Nous travaillons par exemple avec l'Ecole de management de Paris et l'on est intervenu à HEC, mais le problème reste de convaincre les directeurs d'écoles qui nous ferment les portes », expliquent-t-ils. Les deux secrétaires généraux ont aussi été contactés, en off, par de grands patrons et font la tournée des entreprises pour présenter leur vision du management. « Nous avons été très bien accueillis dans l'aéronautique par exemple : une grosse entreprise du secteur vient ainsi de faire traduire notre charte en anglais pour en discuter avec l'ensemble de ses fournisseurs, affirme Marie-José Kotlicki. Cependant, alors que le comité central d'entreprise de France Télécom nous avait invités à débattre, la direction a refusé arguant du fait qu'elle n'accueillait « aucune manifestation sans rapport avec l'activité de l'entreprise »... »
* « Pour en finir avec le Wall Street management », Marie-José Kotlicki et Jean-François Bolzinger, les éditions de l'Atelier, 2009.
(Source : Novethic.fr)
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