04.06.2010

Chine : la grogne monte dans l'usine du monde

Suicides à répétition dans les usines de Foxconn, grèves dans plusieurs chaînes de montage de Honda... Le modèle économique chinois basé sur une main d'œuvre abondante et bon marché est-il en crise ?

Avec plus de 800 000 employés en Chine, le groupe Foxconn est le plus important sous-traitant d'appareils électroniques au monde. Mais l'entreprise a beau afficher un chiffre d'affaires en hausse de 35% au premier trimestre de cette année, la société dirigée d'une main de fer par le milliardaire taiwanais Terry Gou traverse sa première crise sociale. Depuis le début de l'année, onze de ses salariés se sont tués sur leur lieu de travail. De quoi lancer la polémique sur le « coût humain » des produits technologiques de grande consommation. Hasard du calendrier, les derniers suicides interviennent alors que Apple sort en Europe son dernier produit-phare, l'Ipad. Un tablette montée à train d'enfer dans les usines de Foxconn à Shenzen. « Mourir pour ce gadget ? » titre un quotidien britannique qui rappelle les conditions de travail parfois infernales de ces soutiers de l'économie mondialisée.

Depuis des années, le quotidien des ouvriers de Foxconn est pointé du doigt. Mais il aura fallu attendre les drames de ces derniers mois pour que ses prestigieux clients, dont Apple, Sony et Dell, s'inquiètent pour leur image. Terry Gou est donc allé mouiller sa chemise la semaine dernière dans les ateliers de Shenzen, sous l'œil bien sûr des caméras. Il s'est empressé de rappeler que son entreprise n'est pas « un atelier de la misère » et offre à ses employés des cantines gratuites, des bibliothèques et des terrains de sport. Plus récemment, un numéro vert « anti suicides » a été mis en place et 2 000 psychologues chargés de répondre aux ouvriers déprimés. Enfin, Foxconn devrait augmenter les salaires de ses ouvriers chinois de 20%.

Profond malaise

Mais la malaise est plus profond. Le mois dernier, un reporter du journal chinois « Southern Weekend » s'est infiltré un mois parmi ces ouvriers. Plus que de dénoncer des conditions de travail épouvantables, il souligne la « déshumanisation des chaînes d'assemblage », écrivant que « si les ouvriers manipulent les machines, les machines manipulent aussi les ouvriers ». Des employés jeunes, venus des campagnes, déracinés, et  pour qui Foxconn est souvent le premier employeur. 85% d'entre eux ont moins de 25 ans. Le choc est rude pour ses jeunes ruraux.
Payés 100 euros par mois pour six jours de travail, ils doivent souvent effectuer de longues heures supplémentaires pour mettre un peu d'argent de côté. Logés dans des dortoirs à plus de trente par chambre, ils n'ont guère l'occasion de s'échapper de leur quotidien. 420 000 personnes travaillent sur le site de Foxconn à Shenzen, une véritable ville dans la ville dont on ne s'échappe que pour changer d'usine.

Si le cas Foxconn monopolise l'attention des médias, c'est en raison de ses prestigieux clients. Pas question pour des multinationales comme Apple ou Sony de voir leur image associée à ces suicides à répétition. Mais selon le Bureau chinois du travail, une ONG basée à Hong Kong, le malaise est plus profond : « Ces ouvriers sont des 'mingongs', c'est à dire des ouvriers-migrants. Ils sont plus de 300 millions en Chine venus des campagnes et travaillent pour la plupart dans ces usines gigantesques du Delta de la rivière des perles dans le Sud. Leur quotidien se résume à de longues heures de travail, souvent plus de 80 heures par semaine, des cadences infernales et une pression très forte. Beaucoup sont fragiles psychologiquement et craquent ».

Grève chez Honda

A une encablure de là, à Foshan, dans la même province du Guangdong, les chaînes de montage du constructeur automobile Honda sont à l'arrêt. Cette fois, la crise a pris la forme d'un mouvement de grève. Un phénomène plutôt rare en Chine. Les 1850 ouvriers entament leur deuxième semaine d'arrêt de travail et demandent une augmentation de salaire d'au moins 20%. Une première pour Honda en Chine et un signal d'alarme alors que le pays représente 17% de ses ventes mondiales et ne cesse de croître, la Chine étant devenue le premier marché automobile de la planète devant les Etats-Unis l'an dernier.
« La Chine est en train de passer du statut de marché émergent à celui d'économie développée et le coût du travail va encore considérablement augmenter. Les industriels et notamment les constructeurs automobiles n'ont pas d'autre choix que d'accepter d'augmenter les salaires de leurs ouvriers s'ils veulent continuer à travailler en Chine, explique Yasuhiro Matsumoto, un analyste de Shinsei securities. Le risque est de voir la Chine perdre un peu de sa compétitivité ».

Et de fait, on constate de plus en plus de grèves et d'arrêt de travail en Chine. Pas de chiffre officiel bien sûr, mais le gouvernement, si soucieux d'harmonie sociale, commence à s'inquiéter de cette grogne qui pointe. La Chine que l'on appelle encore « l'usine du monde » pour sa main d'œuvre abondante et bon marché doit apprendre aujourd'hui à gérer ses « ressources humaines ». La réponse du gouvernement est pour l'heure ambiguë, refusant de stigmatiser les méthodes de management dans les usines, il promet une augmentation générale du salaire minimum de 20% dans la province industrielle du Guangdong.

(Source : Novethic.fr)

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20.05.2010

Risques psychosociaux - Souffrances programmées dans l'informatique

Seule la caméra de vidéosurveillance a vu sa chute, du haut d'une tour, à 4 h 56 du matin, le 19 août 2008. Salarié de la société de services informatiques (SSII) Steria, alors en mission chez un client à Lyon, il avait, un jour plus tôt, écrit un long mail dans lequel il se disait "complètement paniqué" face au projet à mener, ayant "honte de ne pas être à la hauteur ". Sa mort n'a pas été reconnue comme un accident du travail par la caisse régionale d'assurance maladie, mais la CGT s'interroge. D'autant que pour l'établissement d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), dont il dépendait, "la médecine du travail avait établi que le stress au travail et la souffrance psychique étaient les principaux risques dans l'entreprise", indique Hocine Chemlal, délégué syndical central CGT.

En 2008, deux suicides et trois tentatives avaient eu lieu dans la SSII. Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a dû batailler en justice avant d'obtenir, en octobre 2009, une expertise faite par le cabinet Technologia, la direction - qui n'a pas répondu à nos sollicitations - niant l'existence d'un risque grave justifiant un tel rapport.

Autre SSII, GFI a de son côté connu dix décès en 2008, dont au moins deux suicides, des infarctus et attaques cérébrales, selon Vanni Challier, délégué syndical central CFTC. "Les salariés sont tellement stressés, dit-il. On en envoie chez des clients sans qu'ils aient les compétences requises et sans les former." Des décès liés au stress ? "C'est totalement abusif", conteste Marie-Laurence Carle-Empereur, la directrice des ressources humaines France, tout en indiquant une série d'actions, dont une charte des managers.

Stress, souffrance psychologique, manque de reconnaissance... Cette situation semble être fréquente dans les SSII. "Le stress était perçu jusqu'à présent comme intrinsèque à nos métiers", constate Régis Granarolo, président du Munci, l'association professionnelle des informaticiens. Il est lié à la "surcharge de travail et à un sentiment d'urgence très courant, à une course à la productivité, à une industrialisation des services", poursuit-il. Et aussi à l'isolement quand on travaille chez le client, parfois pendant des années, et qu'on ne sait plus qui est son responsable.

Les périodes d'intercontrats - entre deux missions, le salarié reste payé par son employeur mais son salaire n'est pas facturé à un client -, sont également très "perturbantes", souligne

Dominique Lanoë, directeur d'Isast, cabinet d'expertise auprès des CHSCT. "Le stress s'amplifie au fur et à mesure que la période se prolonge, car le salarié finit par douter de sa valeur", ajoute-t-il. Et souvent, au bout de quelques mois, la SSII va chercher un moyen de licencier le salarié.

Francine Aizicovici

Le Monde - Article paru dans l'édition du 08.04.10

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06.01.2010

VANDANA SHIVA VS OGM et Le Génocide OGM

 

Article de Andrew Malone, paru dans le Daily Mail, le 3 novembre 2008

Lorsque le Prince Charles affirma que des milliers de paysans indiens se suicidaient après avoir utilisé des OGM, il lui fut reproché de jouer sur la peur. En fait, comme le montre cette enquête, c'est encore PIRE que ce que l'on craignait.

Les enfants étaient inconsolables. Prostrés dans le silence, sous le choc, et luttant pour retenir leurs larmes, ils se blottissaient contre leur mère, tandis que les amis et voisins préparaient le corps de leur père pour la crémation sur le bûcher embrasé, situé sur le sol craquelé et nu des champs derrière leur maison.

Tandis que les flammes consumaient le cadavre, l'avenir qui attend Gajanan, 12 ans et Kalpana, 14 ans est très sombre. Alors que Shankara Mandaukar avait espéré que son fils et sa fille auraient une vie meilleure grâce au boom économique que connaît l'Inde, ce qui les attend, c'est un travail d'esclave pour quelques centimes par jours. Désormais sans terre et sans toit, ils feront partie des plus pauvres, parmi les pauvres.

Shankara était un paysan respecté, un bon mari et un bon père, mais il s'est suicidé. Moins de 48 heures auparavant, et confronté à la perte de ses terres pour cause de dettes, il a bu un pesticide chimique.

Dans l'incapacité de payer l'équivalent de deux années de revenus, il était désespéré et ne voyait plus aucune issue.

Sur le sol, on pouvait encore voir les traces qu'il avait laissées lorsqu'il se tordait, agonisant. D'autres paysans avaient regardé - sachant par expérience que toute intervention serait vaine - plié en deux sur le sol, hurlant de douleurs et vomissant.

Gémissant, il avait rampé jusque sur un banc devant sa petite maison située à 180 km de Nagpur en Inde Centrale. Une heure plus tard, tout son cessa et sa respiration s'est arrêtée. A 5 heures, ce dimanche la vie de Shandakar Mandaukar avait cessé.

Alors que les voisins se rassemblaient pour prier devant la maison familiale, Nirmanan Mandaukar, 50 ans, leur raconta comment elle était revenue précipitamment des champs pour trouver son mari mort. « C'était un mari aimant et attentionné » dit elle en pleurant. « Mais il n'en pouvait plus. L'angoisse psychologique était trop forte. Nous avons tout perdu. »

La récole de Shankara a été mauvaise deux fois. Bien sûr la famine et les épidémies font partie de la vieille histoire de l'Inde. Mais la mort de ce paysan respecté est due à quelque chose de bien plus moderne et sinistre : les plantes modifiées génétiquement.

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05:50 Publié dans Thème : OGM | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ogm, inde, suicide, monsanto | |

27.11.2009

Le suicide à son domicile d'un salarié de Thalès reconnu comme accident du travail

Dans les semaines qui ont précédé son suicide, aviez-vous perçu des signes inquiétants chez votre mari ?

Non, absolument pas. La semaine précédente nous étions en vacances à New York ; nous nous apprêtions à repartir aux États-Unis visiter les grands parcs. Nous avions une situation financière confortable et aucuns problèmes dans notre vie.

Comment établir le lien entre le suicide de Dominique et ses conditions de travail ?

La veille il est rentré de l'entreprise très en colère. Mécontent de ne pas avoir été augmenté, il avait essayé de joindre sa hiérarchie par téléconférence, à Cannes, et cela avait été extrêmement houleux. Il était abattu. Il m'avait dit : si c'est pour en arriver là, ce n'est pas la peine de se casser. Le lendemain il avait rendez-vous pour ses objectifs annuels. Il avait dit : comme d'habitude, on ne me donnera pas les moyens de les atteindre. Le matin, je l'ai retrouvé mort, quand je me suis réveillée. Il n'a pas laissé de lettre ni d'autres explications.

Pourquoi témoigner aujourd'hui ?

Je veux tirer une sonnette d'alarme. Je ne comprends même pas qu'on puisse parler de stress au travail ! Comment peut-on considérer que le stress au travail est « normal » ? Tout est basé sur la peur. On fait peur aux salariés sur le risque du chômage, la pression permanente, les objectifs imposés par la direction... Et les patrons ont peur de ne pas remplir les objectifs que les actionnaires leur demandent d'atteindre. Je témoigne parce que je n'ai pas envie de continuer à lire tous les jours dans la presse que des gens se suicident à cause du travail.

Vous dénoncez une situation particulière à Thalès ou un système général ?

Une société qui ne fait absolument plus attention à l'humain. Il n'y a plus d'humain, que du financier.

La Sécurité sociale reconnaît la responsabilité de l'entreprise dans le suicide de votre mari. Souhaitez-vous aller plus loin désormais ?

Oui. Avec mon avocat, Me Jean-Paul Teissonnière, je vais voir quels recours sont possibles.

Le rappel des faits

Le 1er avril 2008, Dominique P., responsable qualité chez Thalès Alenia Space, se suicide à son domicile. Soumis à une pression permanente, à une charge de travail colossale, se sentant dévalorisé, il avait alerté sa hiérarchie de son impossibilité à atteindre les objectifs fixés sans moyens. Notamment par une « lettre de démotivation ». Il s'était par ailleurs plaint de ses conditions de travail auprès du médecin du travail. Comme celle de France Telecom-Orange jusqu'à ce que les suicides se multiplient, la direction de Thalès a toujours refusé d'imputer ce suicide à l'organisation du travail et à un management basé sur l'évaluation, le mérite et le respect des objectifs, comme le dénonce la CGT.

Le 20 octobre dernier, la Sécurité sociale reconnaît le suicide de Dominique, à son domicile, comme accident du travail. « La preuve est rapportée des faits sérieux, graves et concordants » que le suicide de Dominique « est survenu par le fait du travail », conclut la commission de recours amiable qui précise : « Aucun élément ne permet de rapporter la preuve que l'événement à l'origine » du suicide « se situerait dans des problèmes extérieurs à la vie professionnelle », ni « la prescription de médicament psychotrope ». Sans être inédite, cette reconnaissance est rare : 49 cas en 2008 au niveau national. Elle constitue une première victoire pour Claude, l'épouse de Dominique, dans son combat contre un monde du travail « qui ne fait absolument plus attention à l'être humain ».

Henri Brochet : « Être plus à l'écoute »

Le directeur du site de Thalès Alenia Space, Henri Brochet dit avoir pris acte de la décision de la CPAM et n'en conteste pas la teneur. Pour lui, le suicide de Dominique P. est « un événement dramatique qui nous a bouleversés ». Cependant, « il n'y a pas d'éléments précis pour qu'on puisse reconnaître le lien entre les conditions de travail » et son suicide. Dominique avait pourtant alerté à de multiples reprises. Selon Henri Brochet, il existe une « pression par nature » sur les objectifs à atteindre dans un secteur extrêmement concurrentiel : « Le jour où nos satellites ne fonctionneront pas 15 ans en orbite, on sera out. Les clients sont très exigeants et nous devons les satisfaire. » Quitte à sacrifier des salariés (deux autres salariés de Thalès se sont suicidés à Châteaubourg et au Haillan, à côté de Bordeaux, rappelle la CGT) ? « Non ! les ressources humaines sont la richesse, la force de l'entreprise. Mais ce qu'on fait est difficile. Le suicide de Dominique P. est peut-être l'échec de l'organisation, peut-être l'échec de la société... Ce que je regrette, c'est que les gens, entre eux, ne se soient pas rendu s compte des difficultés qu'il rencontrait. Nous devons être plus à l'écoute. » Selon Henri Brochet, depuis le suicide de Dominique, « un travail sur les risques psychosociaux a été mis en place depuis trois ans. Une cellule d'écoute existe, avec le médecin du travail et le CHSCT. »

Me Rastoul : « Cette décision va dans le bon sens »

Pour l'avocat de la fédération des accidentés du travail (FNATH), Me Robert-François Rastoul, la décision de la Sécu « vient sanctionner l'organisation du travail en tant que faute. La reconnaissance par les CPAM de suicides comme accidents du travail reste marginale. Mais cette décision et celle de la cour de cassation, le 19 novembre, reconnaissant le harcèlement moral managérial, font espérer que les choses vont évoluer dans le bon sens. Les employeurs ne peuvent pas ignorer leurs responsabilités. Tous les secteurs sont concernés. Il y a quelques jours, dans une grande clinique toulousaine, une infirmière anesthésiste a fait une tentative de suicide quelques heures après avoir reçu son emploi du temps. Sauvée in extremis par une amie, elle avait envoyé un mail d'alerte quelques semaines auparavant sur ces horaires impossibles ». Sur le fond, Philippe Queulin, délégué CGT chez Thalès Alenia Space estime qu'à défaut de remettre de l'humain dans l'organisation du travail et de se préoccuper « du ressenti et du vécu des salariés », « nous sommes à la veille d'une catastrophe sanitaire dans les entreprises ». Chez Thalès, la CGT demande la réouverture de négociations sur les risques psychosociaux.

(Source : La Dépêche.fr)

11:45 Publié dans Thème : SOCIAL | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : social, suicide, travail, stress, pression | |

26.10.2009

SOCIAL - Suicide chez Thalès : des centaines de salariés devant le site de Chateaubourg

Plusieurs centaines de salariés de l'usine Thalès de Chateaubourg (Ille-et-Vilaine) étaient rassemblés lundi devant le site, dénonçant, dans une atmosphère de recueillement, les pressions au travail après le suicide d'une collègue vendredi.

Parmi les salariés dont les visages étaient graves, certains étaient revenus de vacances pour se rassembler devant le site de Thalès MicroElectronics et observer une minute de silence avant des prises de paroles.

Selon Bernard Simon (CFDT), le personnel du site est abattu. "D'autres salariés sont fragilisés, il faudra faire un gros travail pour que les gens discutent entre eux et fassent remonter leur problème", a-t-il expliqué.

Il a fustigé une direction "autiste" qui avait été alertée à plusieurs reprises. "Les managers ont fait remonter les problèmes en vain", a-t-il ajouté.

De son côté, Didier Pihouet, délégué CFTC, a dénoncé "une course au chiffre d'affaires qui stresse tout le monde" et "un défaut d'organisation". "On a tiré la sonnette d'alarme, on se sent écouté mais rien ne se passe", a-t-il dit.

Les salariés attendaient la fin de la réunion entre cinq membres de la direction de Thalès et les syndicats qui se tenait lundi matin.

Une des collègues de la salariée défunte a salué sa mémoire. "C'était quelqu'un de très humain, quand quelque chose n'allait pas, elle cherchait toujours à en connaître la raison. On l'a descendue de grade et on lui a donné un travail dévalorisant", a-t-elle raconté.

"Jadis, on travaillait plus sereinement", a témoigné une autre salarié, qui cumule 20 années d'ancienneté. "Ce qui a changé, c'est la pression que l'on sent à tous les instants pour tenir les objectifs", a-t-elle expliqué à l'AFP.

L'entreprise Thalès MicroElectronics de Châteaubourg compte 530 salariés et fabrique des puces électroniques.

Michelle Morellec, 45 ans, a mis fin à ses jours vendredi à son domicile.

À lire aussi :

Thalès met en place une cellule d'écoute après le suicide d'une salariée

(Source : La Dépêche.fr)

15:32 Publié dans Thème : SOCIAL | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : social, suicide, prévention, thales, pression morale, manager | |

23.10.2009

Technologia : « Les SSII connaissent une recrudescence de suicides »

Isolement chez le client, pression de l'offshore, menace de l'intercontrat... Les salariés des sociétés de services sont particulièrement exposés aux risques de souffrance au travail. Entretien avec un expert.

Jean-Claude Delgenes est le fondateur de Technologia, cabinet spécialisé en évaluation et en prévention des risques professionnels. Depuis vingt ans, il conseille les plus grandes SSII. En 2007, il a également conduit une mission sur le Technocentre de Renault où des informaticiens prestataires d'IBM et d'Assystem ont mis fin à leurs jours.

01netPro. Les médias se concentrent sur la série noire que connaît France Télécom. Quelle est la situation des salariés en SSII ?
Jean-Claude Delgenes : On déplore ces derniers temps beaucoup de suicides mais aussi d'arrêts cardiaques ou de ruptures d'anévrisme en SSII. Si les suicides « professionnels » sont actuellement mis en avant, les maladies cardio-vasculaires déciment davantage. Face à la charge psychologique, au surinvestissement dans le travail, le corps se révolte, somatise. Ce qui conduit à une perte de sommeil, des troubles cutanés, un affaiblissement des barrières immunitaires...
En travaillant comme des dingues, des cadres exposent leur santé, parfois à leur insu. Le stress numérique participe à ce malaise. Connecté en permanence, le collaborateur sous contraintes travaille chez lui le soir, le week-end. L'amplitude de travail n'est plus respectée du fait de la porosité entre vie privée et vie professionnelle.

En quoi les SSII sont-elles particulièrement exposées ?
C'est une combinaison de plusieurs facteurs. Première spécificité des SSII : le management à distance. Consultants et hiérarchiques ne se voient plus. Il n'y a plus d'échanges, de moments de cordialité. Le salarié prestataire traite de problèmes parfois très complexes tout en restant seul. Or les gens qui passent à l'acte sont souvent isolés.
Deuxième spécificité, la menace de l'offshore. Si tu ne fais pas ton travail, « on le donne aux Indiens ». L'offshore introduit un débat éthique. Les informaticiens français sont en concurrence avec des équipes lointaines tout en s'interdisant d'évoquer un quelconque protectionnisme. Il faut former des personnes en Inde, à distance, reprendre souvent leur travail, puis laisser la place.
Les évolutions rapides de ces sociétés sont aussi responsables de la situation. Les SSII se mondialisant, on assiste à une interpénétration des cultures. Les comportements latins cognent avec les mœurs anglo-saxonnes. N'oublions pas non plus les transformations incessantes. Quand une SSII multiplie les restructurations en quelques années, il faut qu'elle accompagne ses salariés de façon humaine. Ce qui n'est pas souvent le cas : en France on se borne souvent à considérer que les gens sont heureux du moment qu'ils ont un job.
Enfin, le manque de régulation conduit à ces organisations délétères. Les syndicats sont peu représentatifs en SSII et pèsent difficilement dans les équilibres de ces sociétés composées essentiellement de cadres.

Et puis il y a la spécificité de l'intercontrat...
Une SSII développe son marché intérieur de l'emploi. Les affectations se font par copinage avec le chef. S'ils ne savent pas se vendre, de très bons professionnels restent en intercontrat durant des mois. C'est dévastateur. On souffre autant, si ce n'est plus, de sous-activité que de suractivité. D'autant que, dans ces métiers, la compétence est liée à la pratique. En restant sur le flanc, on devient vite obsolète.
Dans le même ordre d'idée, les anciens sont souvent considérés comme moins pointus techniquement. Ils coûtent cher et sont peu malléables. Il faut donc épuiser les jeunes cohortes d'informaticiens et pousser les seniors sur la touche. La concurrence interne crée un climat délétère. Le salarié doit être également maître de son employabilité. Votre service disparaît du jour au lendemain ? A vous de créer votre poste...

Dans quel cadre intervenez-vous en SSII ?
Malheureusement, on fait souvent appel à nous, dans l'urgence, après des drames. Il s'agit en premier lieu de renouer le dialogue. Nous faisons des réunions intitulées Partage et progrès, qui permettent de libérer la parole. La hiérarchie écoute sans censure ni sanction. Il faut ensuite arriver à une vraie répartition du travail. Des salariés ne peuvent rester en intercontrat des mois durant, ils en sortent dézingués.
Inversement, quand un consultant enchaîne des déplacements, ses missions doivent être entrecoupées de phases de repos. Il faut aussi prévoir des moments et des espaces de convivialité. L'open space, quand ce n'est pas du desk sharing, crée un environnement de travail perturbant. Le salarié n'a pas la capacité de se soustraire au regard des autres, de souffler tout simplement.
Enfin, il faut repenser le mode d'évaluation personnelle - y compris sur la rémunération - pour introduire plus de collectif. Dans ces sociétés, chacun est un centre de profit à lui tout seul. Il faut tenir les objectifs de productivité individuels couplés à de multiples reporting. Non seulement cela use les esprits mais on perd en échanges informels, en intelligence collective.

(Source : pro.01net.com)

00:13 Publié dans Thème : SOCIAL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, stress, intercontrat, ssii, suicide | |

17.09.2009

Pourquoi parle-t-on plus aujourd'hui du suicide au travail ?

Auteur de "Suicide et travail : que faire ?" (PUF, 2009), Christophe Dejours, psychanalyste, appelle à repenser le travail pour sortir des logiques gestionnaires qui détruisent le tissu socio-professionnel tout en faisant croire qu'elles traitent les problèmes des salariés.

Christophe Dejours : Parce que les suicides sur les lieux de travail n'existaient pas avant. Ils sont apparus il y a une douzaine d'années, sans avoir été relayés. Le tournant s'est opéré en 2007, avec les cas de suicides chez Renault et Peugeot.

Les premiers suicides dont j'ai entendu parler constituaient pour moi une forme de décompensation psycho-pathologique parmi d'autres. C'est la répétition des choses qui est devenue hallucinante. Non seulement, il y avait un suicide sur les lieux de travail mais généralement il ne se passait rien après. Ces suicides au travail marquent incontestablement une sorte de bascule qui frappe le monde du travail.

Pour un suicide lié au travail combien de tentatives de suicide et de personnes internées en raison du travail ?

On ne peut pas le chiffrer car on n'a pas fait d'enquêtes épidémiologiques. Le ministère du travail fait la sourde oreille à mes demandes. Grâce à la commission mise en place par le gouvernement et dirigée par David Le Breton et dont je suis membre, nous avons réussi à obtenir que dans les statistiques sur les conditions de travail, il y ait désormais un item lié au suicide-travail. D'après une étude réalisée en 2005 en Basse-Normandie, on arrive à un taux de suicide, quand on l'extrapole à l'ensemble de la France, de 300-400 suicides par an. Mais le chiffre ne change rien.

Dans votre ouvrage, vous invalidez la défaillance individuelle comme seule raison du suicide...

Il y a des cas de suicides que l'on ne peut imputer à des difficultés dans l'espace privé : troubles névrotiques, psychotiques, dépressifs, des symptômes précurseurs, ni à un terrain de vulnérabilité particulière. C'est même là aussi une bascule pour la psychopathologie générale.

Ce qui est surprenant c'est que nous avons des personnes qui vont très bien et qui se suicident. On ne peut les expliquer avec les références habituelles de la psychiatrie. Il y a une bascule dans l'ordre social, dans le fonctionnement de la société, c'est aussi le signe d'une rupture dans la culture et la civilisation : les gens se tuent pour le travail. Cela oblige à repenser les catégories habituelles de notre discipline et à revoir ce que les sociologues du suicide disent, en particulier Emile Durkheim dans son livre Le Suicide qui contestait les positions des psychopathologues. Du coup, on est obligé de revenir à ce qui se dit sur la solitude. On avait donc un peu raison.

Vous écrivez qu'il y a trente ans, il n'y avait pas de suicide au travail pour deux raisons : la résistance à l'effort et des solidarités plus fortes...

Oui, il y avait les autres, un collectif de travail, des stratégies de défense. On ne laissait pas un type s'enfoncer. J'ai vu des ouvriers alcooliques qui ne pouvaient pas monter sur les toits pour travailler. Les copains lui demandaient de rester en bas. Ils faisaient le boulot à sa place. Vous vous rendez compte de ce que cela veut dire en termes de prévention de l'accident, de prévention du suicide, de prévention des troubles psychopathologiques ? C'est impensable aujourd'hui ! On apprend aujourd'hui le pire alors qu'on apprenait le meilleur hier : la solidarité. C'est parce qu'on a adopté de nouvelles méthodes au travail que l'on a aujourd'hui un désert au sens arendtien du terme : la solitude totale.

C'est ce que vous appelez le passage du critère "travail" au critère "gestion du travail"...

A partir des années 1980, les gestionnaires se sont imposés dans le paysage, en introduisant l'idée que l'on pouvait faire de l'argent non pas avec le travail mais en faisant des économies sur les stocks, les ratés, les retouches, les effectifs. Tout ce qui est à la marge peut être l'objet d'économies. Partout, on vous apprend que la source de la richesse c'est la gestion des stocks et des ressources humaines, ce n'est plus le travail. Nous le payons maintenant ! Cette approche gestionnaire croit mesurer le travail, mais c'est conceptuellement et théoriquement faux ! Il n'y a pas de proportionnalité entre le résultat du travail et le travail. C'est très grave, car cela signifie que la comptabilité est fausse. D'où la contestation.

C'est donc le décalage entre la réalité du travail et la vision gestionnaire qui augmente le stress des salariés ?

Les gestionnaires qui ne regardent que le résultat ne veulent pas savoir comment vous les obtenez : c'est un contrat d'objectif, disent-ils. C'est comme ça que les salariés deviennent fous, parce qu'ils n'y arrivent pas. Les objectifs qu'on leur assigne sont incompatibles avec le temps dont ils disposent.

Cette logique gestionnaire se rapproche-t-elle de la logique totalitaire selon la conception d'Hannah Arendt, que vous citez dans votre bibliographie ?

C'est assez difficile d'être affirmatif mais la question est posée, car les gens sont amenés à faire des tâches qu'ils réprouvent et il y a une machinerie très puissante qui est mise en œuvre et qui a avec le totalitarisme ce point commun qu'on traite l'humain comme quelque chose d'inutile, d'interchangeable. On lance des slogans pour faire croire qu'on fait des ressources humaines mais dans la réalité, c'est la gestion kleenex : on prend les gens, on les casse, on les vire. L'être humain au fond est une variable d'ajustement, ce qui compte, c'est l'argent, la gestion, les actionnaires, le conseil d'administration.

Ce qui pose forcément la question de la responsablité...

Propos recueillis par Gaïdz Minassian

(Source : Le Monde.fr)

10:16 Publié dans Thème : SOCIAL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, travail, suicide | |